L’athéisme est une religion supérieure aux autres
pour la bonne raison qu’elle repose sur un fondement miraculeux sans
équivalent. Evidemment, pas grâce à son dieu (lequel s’appelle
«Quinexistepas»), vu que celui-ci est inopérant.
La supériorité de la religion athée, sur toutes les
autres, est ailleurs. Elle réside dans son mystère, Un mystère qui surpasse, et
de loin, tous les autres mystères.
A la différence de la réponse habituelle: Dieu,
expliquant l’origine du monde, les athées soutiennent: le néant. Or fabriquer
un univers viable n’est pas une mince affaire. Les religieux apprennent que
même pour Dieu, l’exercice fut exténuant. Six jours d’un labeur intense et le
septième, épuisé, selon toute vraisemblance, Il s’allongea sur son clic-clac.
Et ça, le néant ne pouvait l’ignorer. On ne le prenait pas au dépourvu. Ce
n’était pas gagné d’avance. D’autant qu’il se savait dépourvu de carrure
divine. Aussi, devant l’ampleur titanesque de la tâche, il dut s’adresser au
dieu Quinexistepas.
– Je n’y arriverai jamais tout seul, il faudrait me
donner un coup de main.
– Sûrement pas!
– Et pourquoi donc?
– Parce que je n’existe pas!
Nulle mauvaise volonté ou paresse de sa part,
c’était juste un problème de pure logique. Le néant fut bien forcé d’en
convenir. Alors il prit son courage à deux mains et… Et… Et…
Comment y parvint-il? Dieu seul le sait, et personne
d’autre. C’est ça, l’insondable mystère de l’athéisme. Avec du parfait néant
(en petite ou grande quantité, ce n’est pas précisé), on fait quelque chose.
Nous sommes tous obligés de le reconnaître, l’univers existe. Avec des preuves
irréfutables telles que l’œuf et la poule, même si certains continuent à se
poser des questions à leur sujet.
Bref, le néant réussit à terminer le boulot. Mais dans
quel état? Harassé, fourbu, éreinté, complètement lessivé, vanné, en
capilotade, rompu, moulu, vidé, pompé, crevé.
Et il n’en fut guère récompensé car les athées sont
sacrément ingrats. Alors que le néant fit preuve d’un trésor d’imagination
agrémenté de subtilités sans bornes, les oublieux le rangent dans une catégorie
où s’illustrent ce gredin de chaos, qui agit comme
un malotru, et l’ingérable hasard, qui fourre
son nez partout.
Pas la moindre considération particulière. Pas la
plus modeste commémoration. Pas un seul jour du calendrier pour honorer sa
mémoire. Au besoin, un jour non férié eut fait l’affaire, pourvu qu’il ne fut
pas trop mal placé. Des nèfles, oui!
Aucun édifice dédié à son évocation, à la
célébration de sa prouesse originelle. Bernique! Pas d’autels domestiques où
trônerait son portrait (un simple cadre évidé offre pourtant une belle
ressemblance). Avec ne serait-ce que quelques fleurs en plastique achetées au
rabais. Ce n’est quand même pas demandé l’impossible. Macache!
Sans compter que ses «fidèles» n’accordent pas de
majuscule à son auguste nom. Alors qu’il suffirait d’une seconde pour écrire
correctement Néant. Sinon, le grand Néant, beaucoup mieux encore. Ça ne coûte
pas un rond et ça fait toujours plaisir. Des clous, ouais!
Est-ce parce qu’il ne se remit jamais de sa dépense
d’énergie monstrueuse lors de la création, ou, plus prosaïquement, boude-t-il?
Quoi qu’il en soit, depuis ce prodige initial, le néant ne crée plus rien. Il
n’en fiche carrément plus une rame. Tous les scientifiques sobres le
confirment. Que dalle! Même pas le plus petit, insignifiant, moins onéreux,
dérisoire cadeau de lessive. Nib!
Moralité: sans être bourré, affirmer que le néant
produit quelque chose, c’est, à la manière d’un banal dévot, croire aux miracles.
C’est avaler, tel un gros gogo gobeur, ce fameux méga-miracle laïque des
origines.
Attendu que l’intitulé fait mention d’ode, il est
temps d’oder religieusement.
Néant, ô toi dont le patronyme rime avec néon (au
diable les pinailleurs), que chante le paon enrhumé.
Néon, tellement semblable à toi, ô Néant, puisque
l’éclairage artificiel tire d’embarras ceux qu’entoure l’obscurité. Tandis
qu’il faut chercher une clé à l’intérieur de la cave, si profonde. Ou sous le
porche, si discret. Ou dans le corridor, si long. Ou la remise, si encombrée.
Ou près du toit, si haut. Les cloportes dégagent. La voie de garage cesse de
l’être.
O Néant, tu ravis l’athée au logis.
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